mercredi 8 février 2012

Sgraffites

Le sgraffite est une technique d'ornementation qui est très ancienne. On en trouve des exemples datant du XVIème siècle dans toute l'Europe centrale. Cette technique est revenue très à la mode pendant la période Art Nouveau, surtout en Belgique et dans le nord de la France. Les exemples sont plus rares ailleurs, même si on en trouve quelques uns à Prague.
Il s'agit de graver un motif dans du mortier coloré. Souvent le mortier était disposé en couches de différentes couleurs qui étaient grattées jusqu'à la couche désirée. De par cette technique même, les sgraffites sont fragiles. Beaucoup ont disparu par manque d'entretien. Actuellement, on retrouve des sgraffiteurs, notamment en Belgique, qui font un remarquable travail de restauration.
Certains artistes ont été des virtuoses du sgraffite. En premier lieu, on peut citer Paul Cauchie.
Après des études aux Beaux-Arts de Bruxelles, Paul Cauchie (1875-1952) réalisera relativement peu de constructions, mais se spécialisera dans la résurgence de la technique du sgraffite.  Sa réalisation majeure est sa maison-atelier de Bruxelles (1905) qu'il partagera avec son épouse Caroline Voets (1875-1969), elle même peintre. Le programme décoratif de la façade de la maison est entièrement symbolique et se rapporte aux rapports entre l'art et l'existence. L'intérieur de la maison est aussi décoré de sgraffites.


Paul Cauchie. Façade de la maison 
Cauchie. Bruxelles, 1905.






Salons de la maison Cauchie.






D'autres réalisations de Cauchie sont très intéressantes, quoique moins impressionnantes que sa maison. 


Décoration d'un immeuble, rue Malibran 
à Bruxelles. Architecte Edouard Pelseneer, 1900.




Sgraffites de la maison Delune, Bruxelles, 1904.




Sgraffites de la Maison du peuple de Pâturages 
(sud de la Wallonie), 1898.




Sgraffites sur deux maisons à Bruxelles.





L'architecte Armand van Waesberghe (1879-1949), élève de Horta a seulement construit 9 maisons à Bruxelles entre 1896 et 1902. l'une d'entre elles possède un des plus beaux sgraffites de la capitale belge.


La maison la plus célèbre construite à Bruxelles par Edouard Pelseneer (1870-1947) est Les Hiboux. Pelseneer est un disciple de Paul Hankar.




Henri Privat-Livemont fut un artiste complet. De son vrai nom Henri Privat Antoine Livemont (1861-1936) est une figure majeure de l'Art Nouveau, au même rang qu'Alfons Mucha ou Eugène Grasset. Il a été peintre, affichiste, a dessiné des sgraffites mais aussi des faïences murales. Il a participé à la décoration de l'Hôtel de ville de Paris entre 1883 et 1889 et dès 1896 s'est converti à l'Art Nouveau. Il s'est intéressé aussi beaucoup à la photographie.

Privat-Livemont. Affiche pour l'absinthe Robette, 1896.


Privat-Livemont. Affiche pour le casino de Cabourg, 1897


Privat-Livemont. Projet d'affiche pour l'absinthe 
Blanqui. Aquarelle.


Privat-Livemont. Ex-Libris, 1891.


Privat-Livemont. Femme nue aux azalées. Pastel.


Privat-Livemont. Vitrail, 1897.


En 1897, on demande à Privat-Livemont de concevoir un décor en carreaux de faïence pour la façade d'un magasin de tissus, la Maison de Blanc. C'est la faïencerie royale Boch, située à La Louvière qui exécute les modèles.






Privat-Livemont. Sgraffite d'un immeuble 
de la rue Vogler, Schaerbeek.




Privat-Livemont. Sgraffite du 
groupe scolaire Josaphat, Schaerbeek, 1907. 
Architecte Henri Jacobs (1864-1935).


Privat-Livemont. Sgraffites pour un immeuble 
de rapport, square Riga, Schaerbeek.



Privat-Livremont. Sgraffite sur une maison 
rue Laude, Schaerbeek.



Un des plus grands architectes de l'Art Nouveau à Bruxelles a été Paul Hankar (1859-1901). Ami puis concurrent de Victor Horta, il adopte un style plus géométrique. En même temps, il utilise beaucoup le sgraffite avec des décors inspirés de la nature, plantes, oiseaux, etc. Il a travaillé avec un grand artiste, Adolphe Crespin (1859-1944). Outre ses travaux pour Paul Hankar, Adolphe Crespin fut affichiste.

Adolphe Crespin. Trois affiches.





Paul Hankar. Maison personnelle, Bruxelles. 
Sgraffite d'Adolphe Crespin, 1893.






Paul Hankar. Maison du peintre Ciamberlani, Bruxelles. Sgraffites d'Adolphe Crespin, 1897.



Adolphe Crespin a aussi travaillé avec d'autres architectes comme Léon Sneyers (1877-1945), qui fut un élève de Paul Hankar.

Léon Sneyers. Maison Cotvriendt, Bruxelles. Sgraffites d'Adolphe Crespin, 1900



C'est à Charleroi que Gabriel van Dievoet (1875-1934) a réalisé son chef-d'œuvre décoratif, la Maison Dorée, construite par l'architecte Alfred Frère (1851-1918).

Alfred Frère. Maison Dorée, Charleroi. 
Sgraffites de Gabriel von Dievoet, 1899.






Gabriel van Dievoet. Projet de sgraffites. 
aquarelle, 1903.


Gabriel van Dievoet. Sgraffite, localisation inconnue.



En 1903, van Dievoet collabore avec l'architecte Fernand Symons (1869-1942) pour la décoration de la Villa Les Sorbiers à Genval.


Ernest Blérot (1870-1957) a surtout construit entre 1898 et 1904. Utilisant souvent le sgraffite, il s'est davantage intéressé à la construction de maisons pour la petite bourgeoisie à coûts modérés. C'est en standardisant les éléments de construction qu'il a pu proposer ce programme. Son œuvre est essentiellement visible dans le quartier St-Gilles de Bruxelles.











Francois Hemelsoet (1875-1947) est un architecte qui a utilisé un grand nombre de styles, éclectisme, historicisme ou Art Nouveau. Il a utilisé aussi le sgraffite comme élément décoratif.

François Hemelsoet. Maison, avenue Giraud, Schaerbeek. Sgraffites de Paul Cauchie, 1913.



François Hemelsoet. Maison à Schaerbeek.


En dehors du groupe scolaire Josaphat, Henri Jacobs  (1864-1935) s'est beaucoup investi dans la construction d'infrastructures sociales. Il a aussi construit quelques maisons particulières pour de riches commanditaires ou lui même. La majorité de ses créations sont ornées de sgraffites.

Henri Jacobs. Ancienne école de filles de Koekelberg, Bruxelles, 1907.




Henri Jacobs. Le Foyer schaerbeekois, Schaerbeek, 1899.


Henri Jacobs. Maison personnelle, Schaerbeek, 1903-1904.





Si Bruxelles est le haut lieu de l'Art Nouveau en Belgique (et en Europe), toutes les villes belges s'ornent de sgraffites. A cette période, c'est surtout la Wallonie qui est la région riche du fait du bassin minier du Borinage et des fonderies.
Par exemple, un architecte comme Charles Trussart construit entre 1914 et 1915, deux maisons ornées de magnifiques sgraffites à Jambes.



A Liège, c'est une armurerie qui s'orne de superbes sgraffites particulièrement évocateurs !



Dans des villes comme Namur ou Soignies, on trouve aussi des maisons ornementées par des sgraffites de grande qualité. Malheureusement très souvent ce sont des œuvres anonymes.



En dehors de Bruxelles, Tournai est une ville très riches en sgraffites. On peut regretter que beaucoup de ces témoignages soient dans un assez piètre état.










Dans le nord de la France, on peut aussi admirer de beaux sgraffites. 
A Tourcoing, ce sont les bâtiments de l'architecte tourquenois Charles Bourgeois (1878-1941) qui en sont les principaux témoins. Ce n'est pas étonnant, puisque Bourgeois a fait une partie de ses études chez Paul Saintenoy à Bruxelles. Revenu enthousiasmé par l'Art Nouveau, il s'associera à partir de 1905 avec son père Jules.

Charles Bourgeois. Hôtel particulier, rue du château, Tourcoing, 1910.




Charles Bourgeois. Ancienne boulangerie, rue St-Jacques, Tourcoing, 1908.


Horace Pouillet (1878-1946) est un architecte très prolifique dans la région nord. Il a notamment construit dans les années 20, un grand nombre de villas au Touquet. Sa maison atelier, située à Lille, datant de 1910, est très marquée par l'influence des architectes de l'Art Nouveau belge. On remarquera un beau sgraffite abstrait décore la baie du rez-de-chaussée.



L'architecte le plus important de la période Art Nouveau à Lille est incontestablement Eugène Gabriel Pagnerre (1874-1939). Il a été assistant de Laloux lors de la construction de la gare d'Orsay puis, il s'est converti à l'Art Nouveau, avant de rejoindre Le Corbusier et Mallet-Stevens dans la voie du modernisme.

Gabriel Pagnerre. Façade du cinéma le Mondial, 
Lille Wazemmes, 1909.



Photographie ancienne de la salle du cinéma 
Le Mondial, totalement détruite.


Gabriel Pagnerre. Sgraffite de la villa Les fauvettes, La Madeleine, 1905.


Gabriel Pagnerre. Immeubles de la rue Denis Courot, 
Mons en Barœul. Vers 1910.




Un sgraffite situé sur une maison de Ronchin. 
Artiste inconnu.


Un dernier exemple nous est donné par une très belle maison située à La Madeleine. Elle a été bâtie par Jules Duclermortier, un architecte, très éclectique dans ses choix de style, qui a beaucoup construit dans la métropole lilloise.





1 commentaire:

  1. Bonjour, je suis un peu étonnée de retrouver sur votre blog des photos que j'ai prises personnellement et que j'ai publiées sur mon blog: http://magical-art-nouveau-johannel.blogspot.be/
    Sans que vous ayez la délicatesse de préciser leur provenance mais en vous les appropriant sans vergogne!
    Je parle des photos de la maison dorée et du sgraffite de Paul Cauchie situé à la rue de la Montagne à Charleroi.Il y en a peut-être d'autres mais je trouve qu'il est plus poli de demander la permission à l'auteur avant de publier ses photos inédites sur votre blog.
    Je vous signale aussi que tout ce qui a trait à Victor Horta dépend de la SOFAM et qu'il faut disposer des droits d'auteur pour pouvoir les mettre en ligne!Bonne soirée.Johanne L.

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