dimanche 4 mars 2012

Les inspirations étranges d'Elihu Vedder

Elihu Vedder est né à New-York en 1836. Peintre, illustrateur et poète, il est un des artistes symbolistes les plus fascinants avec Khnopff et Delville.
Son père, dentiste, quitte la famille pour tenter sa chance à Cuba alors qu'Elihu est encore très jeune. Sa vie va donc se partager entre la maison de sa grand-mère et le pensionnat. Il fait son apprentissage artistique à New-York, mais part en France pour finalement s'installer en Italie entre 1858 et 1860. Il est fasciné par les peintres de la Renaissance. Il a une aventure homosexuelle avec le peintre paysagiste italien et révolutionnaire Giovanni Costa (1826-1903). Il voyagera aussi en Allemagne et notamment à Düsseldorf. Sa famille lui ayant coupé les vivres, il rentre aux USA au moment où commence la Guerre de Sécession.
Il mène alors une vie de bohème tout en gagnant sa vie grâce à ses dons d'illustrateur. Il commence à acquérir une certaine célébrité avec des toiles inspirés des Contes des Mille et Une Nuits et particulièrement pour un tableau titré, Le Nid du Serpent de Mer, dont il fera plusieurs versions.

La Question du Sphynx. Huile sur toile, 1863.


L'Œuf de l'Oiseau Roc. Huile sur toile, 1863.


Le génie de la cruche. Huile sur toile. Vers 1864.



Le Nid du serpent de Mer. Huile sur toile, 1864.



Le Nid du Serpent de Mer. Huile sur toile, 1879-1880


Le Nid du Serpent de Mer. Huile sur toile, 1899.


Ses amis ont pour nom Herman Melville et Walt Whitman. En 1865, il devient membre de l'American Academy of Arts and Letters. Dès que la guerre civile est terminée, il repart en Italie.
Il se marie en 1869. Il aura quatre enfants dont deux seulement survivront. Il habite alors à Rome.

Photographie d'Elihu Vedder en 1870.


A cette période de son activité, on peut diviser ses production en deux groupes. D'une part, des tableaux à l'inspiration symboliste et à l'ambiance fantastique et d'autre part des tableaux très inspirés par la Renaissance et aux sujets purement esthétiques. Il se rapproche en cela des Préraphaélites anglais, dont, à cette époque, il n'a pas encore une grande connaissance.


Le Sphynx du Rivage. Huile sur toile, 1879-1880.


Mémoire. Huile sur toile, 1870.


Jeune fille dansant. Huile sur toile, 1871.


Le Modèle Vénitien. Huile sur toile, 1878.


C'est avec ses illustrations pour les Rubaiyat d'Omar Khayyam que Veddel va vraiment acquérir une grande célébrité et une grande aisance financière.
Omar Khayyam est un poète, mathématicien et astronome persan qui aurait vécu de 1048 à 1131. Les Rubaiyat qui lui sont attribués sont des quatrains à la forme fixe, les deux premiers vers rimant avec le quatrième et le troisième étant libre. Ces poèmes reflètent en même temps une angoisse métaphysique et un amour de la vie, notamment du vin et des femmes, qui en font des textes assez hétérodoxes pour l'Islam. Ce sont les anglais qui en ont fait les premières traductions vers le milieu du XIXème siècle et d'emblée, ces textes ont été appréciés du public. De nombreuses éditions illustrées paraissaient, mais ce sont celle d'Elihu Veddel qui sont sans conteste, les plus aboutit. Le livre est publiée en 1884. Il rapporter beaucoup d'argent à Veddel, qui achète une maison à Capri, Jardin d'Eden des artistes fascinés par le corps masculin au XIXème siècle.
Par rapport à ses œuvres antérieures, le trait de Veddel s'est considérablement affermi dans le Rubaiyat. On peut aussi distinguer l'influence de William Blake (1757-1827) dans certains de ces dessins et dans la mise en page des poèmes.


William Blake. Une page de Europe, A Prophecy. 1794.


Elihu Veddel. Une page des Rubaiyat  de 
Omar Kayyam, 1884.


L'édition du livre est de très grande qualité et la couverture des éditions de luxe reprend l'illustration de la page de titre.




Les thèmes des illustrations sont variés mais le traitement en est très influencé par l'esthétique préraphaélite et plus particulièrement par Edward Burne-Jones.











Arrêtons-nous un instant sur l'avant-dernière planche. Le registre supérieur de l'illustration nous montrent sept femmes dansant au milieu des étoiles. Il s'agit de la danse des Pléïades. L'artiste reprend le même thème et la même construction dans un tableau l'année suivante.


Les Pléïades. Huile sur toile, 1885.


J'ai parlé de l'influence du Préraphaélisme sur Vedder,  mais sur cette toile, l'influence la plus prégnante est sans doute celle de Sandro Botticelli et plus particulièrement de la Nativité Mystique, une œuvre tardive datée 1505-1510. 


Sandro Botticelli. La Nativité Mystique. Détrempe sur panneau, 1505-1510.


Dans le registre supérieur, on voit douze anges en train de danser. En réalité, ce sont les douze constellations zodiacales. 


Il ne fait aucun doute que Vedder s'est souvenu de la danse des constellations pour construire sa propre danse des Pléïades.
Dès lors sa carrière va être très prolifique mais le symbolisme sera toujours au premier rang de ses inspirations.


La Coupe de la Mort. Huile sur toile, 1885.



L'Esprit Mélancolique entre le Doute et la Certitude. 
Huile sur toile, 1887.


Le Pêcheur et la Sirène. Huile sur toile, 1888-1889.


Une des toiles les plus étonnantes de cette période est Le Dernier Homme, qui lui permet à travers un symbolisme assez obscur de faire une étude de nus masculins.

Le Dernier Homme. Huile sur toile, 1886-1891.



Il s'amuse aussi à détourner certains sujets tirés de la mythologie grecque comme dans l'étrange Marsyas charmant les lièvres ou Fortuna avec ses étranges ailes de papillon. Il subit, sans doute, l'influence de l'engouement de l'occident pour les sagesses orientales lorsqu'il peint  un Siddartha très Art Nouveau.


Marsyas charmant les lièvres. Huile sur toile, 1899.




Fortuna. Aquarelle.




Siddartha. Huile sur toile. non daté.




A partir des années 1890, la maison Tiffany va lui demander des dessins pour des mosaïques, des vitraux et des statuettes.
A partir des années 1890, son style ne varie plus guère. Une commande officielle lui permet de décorer la Salle de Lecture de la Bibliothèque du Congrès entre 1895 et 1897 au travers de fresques et de mosaïques.


La Corruption, Librairie du Congrès. Fresque, 1896.


La Paix et la Prospérité, Librairie du Congrès. 
Fresque, 1896.



Tête de Minerve. Etude pour une mosaïque pour la 
Librairie du Congrès. Aquarelle, 1896.




Minerve. Mosaïque de la Librairie du Congrès. 1897.




Photographie de Elihu Vedder vers 1890-1900.




En 1898, il peint une Sybille de Cumes particulièrement impressionnante et quasiment Michel-Angelesque. Ses dernières œuvres restent dans le domaine mythologico-symbolistes mais sa touche, en devenant plus lâche, acquiert une modernité et une liberté étonnante.


La Sybille de Cumes. Huile sur toile, 1898.




Tête de jeune femme. Pastel, 1900.




La Musique. Huile sur toile, 1910.




Les éléments se penchant sur le Premier Homme
Huile sur toile, 1913.




A partir de 1870, il a vécu principalement en Italie et c'est donc à Rome qu'il décède en 1923. Il est enterré au Cimetière Protestant de Rome.

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