jeudi 22 mars 2012

Brasseries et cafés IV : La Confeitaria Colombo à Rio de Janeiro

Sous le règne de Pedro II (1825-1891), Empereur du Brésil jusqu'au putsch de 1889, le Brésil est un pays en plein développement. Vers 1900, Rio est une ville très active. On trace de larges avenues sur le modèle hausmannien. Paris reste en effet la référence, et lorsque la municipalité décide de construire un théâtre c'est le Palais Garnier qui sert d'étalon. 
La construction du Theatro Municipal commence en 1905 et s'achèvera en 1909. C'est Francisco de Oliveira Passos assisté du français Albert Guilbert (1866-1949) qui mène les travaux. Les meilleurs artisans et artistes du pays sont employés.
Eliseu d'Angelo Visconti est un des peintres qui vont intervenir. Né en Italie en 1866, cet artiste fait sa formation aux Brésil puis à Paris à partir de 1892. En 1900, il est remarqué à l'Exposition Universelle. Il rentre au Brésil et introduit l'Art Nouveau dans le pays. Il fait de nombreuses expositions. Entre 1906 et 1913, il est enseignant à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Rio. Il retourne en Europe pour divers travaux mais du fait de la guerre ne peut rentrer au Brésil qu'en 1918. Il meurt en 1944 à Rio.


Quelques œuvres de Eliseu d'Angelo Visconti.


Etude. Huile sur toile, 1894.


Autoportrait. Huile sur toile.


Portrait de Nicolina Vaz de Assis. Huile sur toile, 1905.


Maternité. Huile sur toile, 1906.


Espérance, Songe Mystique. Huile sur toile.


Nu féminin. Huile sur toile.


Fleurs. Huile sur toile, 1917.



Rodolpho Amoedo est un autre peintre qui intervient dans la décoration du Theatro Municipal. Il est né à Salvador de Bahia en 1857. En 1873, il rentre aux Beaux-Arts de Rio puis, grâce à une bourse, poursuit ses études à Paris de 1878 à 1887. Il est très influencé par Puvis de Chavannes. Il expose plusieurs fois à Paris.
Il rentre à Rio en 1888. Il aura une carrière officielle et de nombreuses commandes. Il sera professeur à l'Ecole nationale Supérieure des Beaux-Arts. Il recevra une Médaille d'Honneur pour son œuvre en 1917. Il meurt à Rio en 1941.


Quelques œuvres de Rodolpho Amoedo.

Maraba. Huile sur toile, 1882.


O Ultimo Tamoyo. Huile sur toile, 1883.


Etude de femme. Huile sur toile, 1884.


Jésus à Capharnaüm. Huile sur toile, 1885.


Mas Noticias. Huile sur toile, 1895.


Décoration de la salle des sessions de la 
Cour Suprême, Rio. 1909.


La Fondation de Rio de Janeiro. Palais Pedro Ernesto, Rio.
Huile sur toile marouflée, 1923.



Henrique Bernardelli est né dans une famille d'artistes à Valparaiso en 1857. En 1870, il rentre à l'Académie Impériale des Beaux-Arts. En 1878, il est naturalisé brésilien. Il voyage en Italie où il rencontre Giovanni Segantini. Il fait sa première exposition en 1888. En 1889, il participe à l'Exposition Universelle de Paris et en 1993 à celle de Chicago. En 1891, il est nommé professeur à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts. Il voyage souvent en Italie et reçoit une Médaile d'Honneur en 1916. Il meurt à Rio en 1936.


Quelques œuvres d'Henrique Bernardelli.


Maternité. Huile sur toile.




Portrait. Huile sur toile.




Paysage d'Ouro Preto. Aquarelle.




Portrait de Machado de Assis. Huile sur toile, 1905.


Joaquim Maria Machado des Assis (1839-1908) est un des plus grand écrivain brésilien, fondateur de l'Académie Brésilienne des lettres.




Le Theatro Municipal, à sa construction était bien dégagé par de grandes avenues. Aujourd'hui il est écrasée par des buildings qui l'entourent. La ressemblance avec l'Opéra de paris est vraiment frappante.


Vues Actuelles de la façade du Theatro Municipal.








Vue du Theatro Municipal au début du siècle.





Le hall d'entrée a été édifiée sur le modèle de l'Opéra de Paris avec colonnades de marbres et stucs dorés. Un Apollon du français Jean-Antoine Injalbert (1845-1933) domine l'escalier. Des vitraux ornent les fenêtres.
















La pergola du 1er étage est décorée d'un magnifique plafond recouvert de carreaux de céramique.


Comme à l'Opéra de Paris, les salons du foyer sont très développés alors que la salle était relativement petite (1800 personnes environ, la capacité a été augmentée à 2400 quelques années plus tard). Le foyer est d'un style néo-rococo assez chargé.

Foyer Jean-Jaques Limpourg. Panneaux de Rodolpho Amoedo, plafond de Henrique Bernardelli.



Henrique Bernardelli. Plafond du grand foyer.


Le plafond de la grande salle a été peint par Eliseu d'Angelo Visconti. Il a opté pour un syle nettement plus Art Nouveau. Il a réalisé une frise qui entoure le lustre central sur des toiles marouflées. Compte tenu de l'obscurité de la salle, Visconti a utilisé des tons de vieux roses et d'orangé.






Au rez-de-chaussée, il existait un restaurant installé dans la Salle assyrienne. En réalité le décor n'est pas tant assyrien que perse. Notamment, une copie de la Frise des Archers en briques émaillées du palais de Darius 1er à Suse exposée au Musée du Louvre.




Quelques bâtiments Art Nouveau subsistent encore à Rio. Certaines sont influencées par l'architecture coloniales avec des galeries superposées, d'autres sont typiquement Jugendstill.



De nombreux émigrants arrivent à Rio, alors capitale du pays, pour faire fortune. Ce melting-pot fait de Rio une ville très riche au niveau artistique. Le compositeur le plus fameux est Ernesto Nazareth (1863-1934). Ce pianiste de formation classique fait le pont entre la musique classique et la musique de divertissement. Influencé par la musique populaire, malgré ses dénégations, il a écrit des valses et inventé le tango brésilien, caractérisée par un rythme syncopé proche de la samba. 


Photographie d'Ernesto Nazareth vers 1900.


Ernesto Nazareth. Fon-Fon et Odeon. 
Piano Maria Teresa Madeira


Lorsque Darius Milhaud (1892-1974) arriva à Rio comme secrétaire de Paul Claudel nommé ministre plénipotentiaire au Brésil en 1916, il acheta une grande partie de la musique de Nazareth et un certain nombre de thèmes du compositeur sont réutilisés dans Le Bœuf sur le Toit (1919-1920), pimentés d'un peu de polytonalité. 


Darius Milhaud. Le Bœuf sur le Toit. Orchestre national 
d'Ile de France. Direction Christophe Mangou.


Ce sont justement, deux émigrants portugais Manuel Jose Lebrao et Joaquin Meirelles qui créent à Rio en 1894, une brasserie qui va très vite devenir le lieu à la mode de la capitale. Cette brasserie se spécialise rapidement dans les desserts. Elle est réorganisée en 1913. En 1919, Lebrao retourne au Portugal. En 1922, un salon de thé est ouvert au premier étage. La brasserie prend alors la physionomie qu'elle a encore. 
Le décor est inspiré par le baroque tropical et la décoration est assez chargée.


Vue générale depuis le balcon du premier étage.


Vues de la salle du rez-de-chaussée.



La verrière.


Les vitrines.



Détails de l'ornementation.



Le carrelage du rez-de-chaussée.



Très vite la Confeitaria Colombo devient le lieu de rendez-vous des écrivains et des poètes, particulièrement des Parnassiens. Le mouvement du Parnasse est très important en Amérique du Sud et en Amérique Centrale. Le mouvement Moderniste, illustré par Ruben Dario (1867-1916) au Nicaragua est très influencé par le Parnasse français. D'ailleurs, la figure centrale du Parnasse, José Maria de Hérédia (1842-1905) est né à Cuba et n'a eu la nationalité française qu'en 1893.
Olavo Bilac (1865-1918) était un peu le chef de file et appelait sa table à la Confeitaria, son bureau. Esprit brillant qui n'a jamais fini ses études, il a été journaliste et poète.


Photographie d'Olavo Bilac.




Un autre parnassien habitué du café est Emilio de Meneses (1866-1918). Journaliste et écrivain satyrique, il a été membre de l'Académie Brésilienne des Lettres.


Photographie de Emilio de Meneses.




Plus tard, c'est Heitor Villa-Lobos (1887-1959) qui aura ses habitudes à la Confeitaria Colombo. Le plus grand compositeur brésilien était aussi un épicurien.


Photographie d'Heitor Villa-Lobos en 1922.




Heitor Villa-Lobos. Bachiana Brasileiras n°2 (1930). 
IV. O Trehinzo Caipira (le tortillard de campagne). 
Orchestre national de la Radiodiffusion Française. 
Direction, Heitor Villa-Lobos.



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