mercredi 8 juin 2011

Créatures fantastiques

On rencontre beaucoup de créatures fantastiques dans l'Art Nouveau. D'abord parce que celles-ci, ont une grande valeur décorative, ensuite parce que les artistes symbolistes puisent une grande partie de leur inspiration dans ces inventions fantasmatiques qui donnent corps à leurs obsessions. Certaines sont des inventions, alors que d'autres sont des renouvellement de mythes plus anciens.
Entre 1884 et 1887, Antoni Gaudi i Cornet(1852-1926) réalise les annexes de la Finca Guell, une maison de campagne proche de Barcelone, pour le richissime industriel Eusebi Guell (1848-1918).
Le portail est principalement constitué d'un dragon de fer forgé, qui est un morceau, d'une incroyable virtuosité. Il aurait été inspiré à l'architecte par le gardien du Jardin des Hespérides dont parle le grand poète catalan Jacint Verdaguer (1845-1902) dans son poème "L'Atlantida". Verdaguer était aussi confesseur de la famille Guell. Rappelons que la dernière œuvre (inachevée) de Manuel de Falla (1876-1946) est un oratorio sur le poème de Verdaguer. L'idée de cet immense dragon a peut être aussi été inspiré à Gaudi par la légende de St-Georges (San Jordi) qui est le patron de la ville de Barcelone.
Un autre dragon qui est célèbre dans l'architecture de cette période, est celui qui décorait l'Atelier Elvira à Munich.
Cette colonie d'artiste a été édifiée entre 1897 et 1898 par August Endel (1871-1925) sur la commande de son ami le sculpteur suisse Herman Obrist (1863-1927). Le Dragon de la façade, comme la grille de la porte d'entrée, sont fortement inspirées par les créations presque abstraites du sculpteur. On peut facilement comparer. Cependant, on remarquera que la création de la façade est beaucoup plus influencée par l'art d'Extrême-Orient que les dessins d'Obrist.



En 1937, les nazis, considérant que le dragon était un exemple de l'art dégénéré, le martelèrent. En 1944, un bombardement allié acheva le travail en détruisant le bâtiment.
Un autre bâtiment célèbre de cette période, orné de dragons, est le "Pont aux dragons" construit entre 1900 et 1901 à Ljubljana par l'ingénieur Josef Melan et l'architecte Jurij Zaninovic. Il est parmi les premiers ponts construits en béton avec une portée particulièrement audacieuse pour l'époque.

Les architectes ont aussi utilisé d'une manière plus classique le thème du dragon. C'est le cas de Mikhaïl Eisenstein (1867-1921) dans cet immeuble de Riga.
Curieusement, on peut admirer des dragons de forme très proche sur le balcon de la Villa Giulio Lampredi (1908-1912) située à Florence, et édifiée par Giovanni Michellazzi (1879-1920).





Beaucoup plus discret, mais néanmoins présent, ce petit dragon surmonte la porte d'entrée d'un immeuble de Lille datant des années 1890-1900.
L'orientalisme, très présent dans l'Art Nouveau, a incliné certains architectes à utiliser des formes de dragons imités de l'art chinois. C'est le cas au Café Riquet (construit entre 1908 et 1909) à Leipzig par Paul Lange (1853-1932).
On utilise moins ce thème dans les arts décoratifs. Cependant, le dessin de cette jardinière provenant sans doute de la manufacture de Wasmuel a été entièrement élaborée à partir du corps du dragon.
Collection personnelle
La manufacture d'Emile Gallé (1846-1904) crée dans les années 1905-1906, ce vase à décor de dragons très influencé par l'art chinois.

C'est durant cette période qu'Alfred Kubin (1877-1959), autrichien né en Bohème, donne libre cours à son imagination proche de la folie. Dans ses œuvres, le monstrueux domine, monstrueux jamais éloigné des fantasmes sexuelles.


Les créatures fantastiques de Kubin ne sont que rarement des reprises des créatures mythologiques comme ce sera le cas d'autres artistes de l'époque. De ce point de vue Kubin est sans doute avec Odilon Redon, l'artiste le plus original de cette période bouillonnante.
Odilon Redon (1840-1916) est surtout fantastique dans sa période sombre, au début de sa carrière. Lorsqu'il aura découvert la couleur, son inspiration deviendra plus mythologique.


Un des artistes français les plus originaux de l'époque est Jean Joseph Carriès (1855-1894). D'une imagination débordante et d'une grande créativité technique, ce céramiste a créé tout une galerie de créatures fantastiques qu'il avait le projet d'intégrer dans une "Porte monumentale" ou "Porte de Parsifal" à l'instar de la "Porte de l'Enfer" de Rodin. Le manque d'argent et sa mort prématurée n'ont pas permis à Carriès d'achever son œuvre.



La femme est le sujet essentiel des artistes de la période, que ce soit dans la peinture, la sculpture, ou l'ornementation. Pour autant, la femme, ainsi que nous le verrons, est déclinée sous différentes approches : la naïade, la femme fatale, la femme amoureuse. Dans la galerie des monstres 1900, la Harpie est particulièrement présente. Résurgence des mythes greco-romains, elle figure la femme destructrice, qui surveille sa proie.
Fernand Khnopff (1858-1921) est un artiste symboliste belge parmi les plus importants, qui, derrière une technique académique, instille une inquiétante étrangeté au monde. Curieusement, il baptise la figure suivante, "Méduse endormie" alors qu'elle est bien une Harpie.
L'extraordinaire Gustave Adolphe Mossa (1883-1971), peintre français trop peu connu et essentiellement actif avant 1918, ne présente la femme que sous son aspect le plus castrateur. Telle est bien cette créature aux serres acérées et à la bouche dégoulinante de sang.
De tels créatures ont bien évidemment, inspiré Alfred Kubin. Cependant, chez cet artiste, la violence de du rapace est adoucie par les plumes blanches de part et d'autre du visage. Elle donne plus l'image d'une créature mélancolique en attente sur une mer brumeuse
Certaines créatures fantastiques prennent un aspect comique. C'est le cas de Frank Matsch et de l'horloge du magasin Hanker construite à Vienne. Frank Matsch créa avec Gustav Klimt, la Künstler compagnie.

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