samedi 4 février 2012

Rose+Croix III

A l'époque de l'exposition de 1892, Alphonse Osbert commence à être un peintre connu et reconnu. Alphonse Osbert est né en 1857. Il a fait ses études aux Beaux-Arts de Paris en même temps qu'Edmond Aman-Jean et Georges Seurat. Pendant la première partie de sa carrière, il reste fidèle au style académique. Ses rencontres avec Puvis de Chavannes et Maurice Denis à la fin des années 1880 vont être déterminantes. Il oriente son art vers un travail sur la lumière et la peinture décorative. Très proche du Sar Péladan, il devient un des principaux peintres symbolistes.

Henri-Gabriel Ibels (1867-1936). Caricature d'Alphonse Osbert. Les hommes d'aujourd'hui, 1892.


Bartos Endre. Portrait d'Alphonse Osbert. Bronze.


Alphonse Osbert. Chant dans la forêt. Huile sur toile, 1883.


Alphonse Osbert. Les chants de la nuit. Huile sur toile.


Alphonse Osbert. Soirs antiques. Huile sur toile, 1908.


Alphonse Osbert. Nocturne. Huile sur toile.

Alphonse Osbert. La muse au soleil couchant
Huile sur toile, 1918.


Alphonse Osbert. Vision. Huile sur toile, 1892.


Vers 1900, Osbert est au sommet de sa célébrité et il reçoit des célébrités dans son atelier. Entre 1902 et 1904, il décore le hall d'accueil des thermes de Vichy. C'est le sommet de sa carrière.

Alphonse Osbert. Ensemble décoratif 
des thermes de Vichy. 
Huile sur toiles marouflées, 1902-1904.








Il recevra encore la commande de la décoration de la salle des séances de la mairie de Bourg-la-Reine (1911-1913), mais sa réputation décline, car il ne fait plus que se répéter alors que de jeunes peintres prennent de nouveaux chemins. Il meurt, à peu près oublié, en 1939.
Le plus âgé des artistes représentés à l'exposition de 1892 est Eugène Grasset. Cet artiste multiple est né à Lausanne en 1845. Il est, sans doute, avec Mucha, le plus représentatif du style Art Nouveau tel qu'on le concçoit habituellement. Peintre, affichiste, designer, il a fait des études de dessin et d'architecture à Zurich. Il visite l'Egypte et se passionne pour l'art japonais. Il s'installe à Paris en 1871 et sera durablement influencé par Eugène Viollet-Le-Duc. Toute sa vie sera consacré au travail. Il exécutera aussi des cartons pour des vitraux et des mosaïques.
Il sera membre d'un très grand nombre de société et association, notamment Ver Sacrum, qui soutient la Sécession viennoise. Il aura de nombreux élèves, notamment le designer bruxellois Philippe Wolfers (1858-1929). Eugène Grasset est mort en 1917.

F. Desmoulins. Portrait d'Eugène Grasset
accompagné d'un dessin du maître. 
Eau forte, 1897.


Paul Berthon. Portait d'Eugène Grasset
Les Hommes d'Aujourd'hui, 1896.


Eugène Grasset. Trois femmes et trois loups
Aquarelle, 1900.


Eugène Grasset. Le Cerf Blanc, tiré de la série Esclarmonde.
Lavis d'encre de chine, 1889.


Eugène Grasset. Couverture pour 
le Harper's Magazine, 1889.


Eugène Grasset. Affiche pour les Encres Marquet, 1892.


Eugène Grasset. Couverture pour la revue 
La Grande Dame, vers 1900.


Eugène Grasset. Affiche pour les Fêtes de Paris, 1886.


Eugène Grasset. Lithographie 
pour la collection Grafton, 1897.


Eugène Grasset. Les mois d'Octobre et Juillet, tiré du
calendrier des Galeries Lafayette. Lithographie, 1896.



Eugène Grasset. Harmonie. Aquarelle, 1903.


Eugène Grasset. Buffet, Fulgraff ébéniste. 1880-1885.


Eugène Grasset. Chaise de salle à manger, 
Fulgraff ébéniste. 1880-1885.


Eugène Grasset. Salle à manger de l'industriel 
Charles Gillot, 1878-1879.


Eugène Grasset. Le Printemps. Vitrail, 1894.


Eugène Grasset. Projets pour les vitraux de 
l'église St-Honoré d'Eylau à Paris, 1893. 


Eugène Grasset. Vitrail de l'église 
Ste-Madeleine à Troyes, 1894


Eugène Grasset. Arbre de Jessé dans la 
Sainte Chapelle  de Vic-le-Comte. Vitrail, 1889-1891.


Eugène Grasset. Vitrail de la Chambre de 
Commerce de Paris, 1900.


Vue depuis l'extérieur.


Eugène Grasset. St-Georges combattant le dragon
Vitrail, 1889.


Eugène Grasset. Rose de l'église 
St-Etienne de Briare. Vitraux, 1895.


Eugène Grasset. Vitraux pour 
le Musée des Beaux-Arts de Lille, 1890-1892.



Eugène Grasset. Mosaïques pour l'extérieur et 
l'intérieur de l'église St-Etienne de Briare, 1895.







Eugène Grasset. Apparitions. Broche, 1900


Eugène Grasset. Broche, 1900.


Eugène Grasset. Broche, 1900.


Edmond Aman-Jean (Aman Edmond Jean dit…) est né en 1858. Il devient ami avec Alexandre Séon et Alphonse Osbert. Il est assistant en même temps que Seurat de Puvis de Chavannes pour la réalisation des immenses toiles du Bois Sacré, cher aux Arts et aux Muses, marouflées sur les parois de l'escalier d'honneur du musée de Lyon (1884-1886). 

Pierre Puvis de Chavannes. Le Bois Sacré, cher aux Arts 
et aux Muses. Huile sur toile, 1884-1886.


En 1886, il part en Italie avec Henri Martin (1860-1943) et Ernest Laurent (1859-1929). Ce voyage l'impressionnera durablement. Ami de Verlaine, il est un grand admirateur du Sar Péladan et il participe aux expositions de la Rose+Croix en 1892 et 1893. Son style se ressent de l'influence de Puvis avec un modelé souvent minimal. Son sujet principal est la femme, qu'il représente souvent alanguie et mélancolique. Petit à petit sa peinture deviendra répétitive. Il meurt un peu oublié en 1936.

Photographie d'Edmond Aman-Jean. Vers 1900.


Edmond Aman-Jean. Autoportait
Crayon sur papier, 1882-1883.


Edmond Aman-Jean. Autoportait. Huile sur toile.


Edmond Aman-Jean. Femme en robe rose. Pastel, 1898.


Edmond Aman-Jean. Miss Elia Carmichael
Huile sur toile, 1906.


Edmond Aman-Jean. Femme avec une paire de gant
Pastel, 1902.


Edmond Aman-Jean. Sous les orangers, 
femme à Amalfi. Pastel.


Edmond Aman-Jean. La robe 
jaunePastel.


Edmond Aman-Jean. Hésiode écoutant 
la Muse. Huile sur toile.


Edmond Aman-Jean. Venezia Bella. Huile sur toile.


Edmond Aman-Jean. Portrait de Mademoiselle V. G
Huile sur toile, 1907.


Edmond Aman-Jean. La Muse. Pastel.


Edmond Aman-Jean. Portrait de femme
Huile sur toile, 1886.


Edmond Aman-Jean. Jeune femme au paon
Huile sur toile, 1893.


Edmond Aman-Jean. Portrait de Mgr Louis Pochenard, evêque de Soisson. Huile sur toile.


Edmond Aman-Jean. Madame Aman-Jean. Crayon sur papier, 1892.


Edmond Aman-Jean. Portrait de Paul Verlaine
Crayon sur papier.


Edmond Aman-Jean. Portrait de Thadée Caroline 
Jacquet. Huile sur toile, 1892.


Edmond Aman-Jean. Sous les fleurs. Pastel.


Edmond Aman-Jean. Tête de femme. Pastel, 1900.


Un génie musical peu connu : Rued Langgaard

Rued Langgaard est né en 1893 à Copenhague de parents musiciens. Il suit les cours du conservatoire de sa ville et s'affirme comme un des compositeurs les plus précoces de son temps, puisque ses premières œuvres sont publiées alors qu'il a l'âge de 13 ans. Il devient un organiste de très grand talent. En 1913, sa Première Symphonie, Pastorale des montagnes, est créée par l'Orchestre Philarmonique de Berlin. C'est une œuvre de grande dimension en 5 mouvements, qui rappelle Richard Strauss par son orchestration et Edwar Elgar par ses thèmes très développées et la trame complexe du discours musical.

Rued Langgaard. Final (Courage) de la Symphonie n° 1. Orchestre Philharmonique du Danemark 
dirigé par Thomas Dausgaard.

Très rapidement, Langgaard s'éloigne des canons de la musique classique et va produire un musique totalement inouie et tellement révolutionnaire qu'elle ne sera pratiquement jamais jouée. En 1917, il compose une série de 9 pièces pour piano baptisée Insektarium dans lesquelles, le pianiste doit parfois taper sur le couvercle ou frapper le clavier avec le poing. C'es une musique qui a 50 ans d'avance.

Photographie de Rued Langgaard en 1917.


Rued Langgaard. Insektarium, 1917. 
Piano Mathias Hammer.



Entre 1916 et 1918, Langgaard compose son chef-d'œuvre, la Musique des Sphères, pour grand orchestre, orgue, piano (joué directement sur les cordes), soprano, chœur et orchestre de coulisse. Interprété quelquefois en Allemagne entre 1921 et 1922, l'œuvre fut ensuite totalement négligée. Regardant la partition en 1968, le grand compositeur hongrois György Ligeti déclara : "Je viens de réaliser que je suis un imitateur de Langgaard. 
Le compositeur a écrit cette épigraphe sur la partition : 

La musique céleste et terrestre d'accords incandescents que joue la vie avec des griffes de bête prédatrice — une couronne d'iris ceignant son visage de marbre qui arbore un sourire stérotypé — bien que vivant —, démoniaque et semblable au lis.

Reconnaissons que derrière la modernité de la musique, la pensée de Landggaard est très proche du symbolisme qu'on trouve aussi bien dans le Jugendstil que dans la Rose+Croix esthétique. Chaque mouvement a un titre. Par exemple : "Comme la danse des étoiles dans le ciel bleu du crépuscule", ou bien "Comme la lumière et les profondeurs".
Il n'empêche, la Musique des Sphères est une pièce fascinante avec ses cloches lointaines, ses vibrations d'insectes et ses clusters.

Rued Langgaard. Musique des Sphères, 1916-1918.




Il est bien évident qu'une musique aussi surprenante ne pouvait pas enthousiasmer un public comme le public danois, assez éloigné des grands courants musicaux de l'époque. D'autant que Langgaard avait un caractère assez difficile. Il va donc vivre assez difficilement et se marier en 1926. En 1940, il est nommé organiste titulaire et maître de chapelle de la cathédrale de Ribe. Même si la ville est la plus ancienne du Danemark et tout à fait charmante, elle est perdue au milieu du Jutland et éloignée de tout centre musical important.

Quelques photographies de Ribe et de sa cathédrale.





Petit à petit Langgaard va développer un ressentiment croissant à l'égard de son compatriote Carl Nielsen (1865-1931) qui a une reconnaissance internationale. En 1948, il compose un hommage pour le moins ironique, Carl Nielsen, notre grand compositeur. L'œuvre de 32 mesures doit être "reprise pour l'éternité" selon les mots même de Langgaard.


Rued Langgaard. Carl Nielsen, notre grand 
compositeur, 1948. Orchestre Nationale 
de la Radio Danoise dirigé par 
Gennady Rozhdestvensky.


Après le sommet que représente la Musique des Sphères, le style de Langgaard va évoluer vers un mélange de modernisme et de post-romantisme parfois assez étrange et indigeste. Il compose 16 symphonies, dont certaines ne durent que quelques minutes et un opéra L'Antéchrist composé entre 1921 et 1923.


Rued Langgaard. L'Antechrist, scène finale, 1921-1923.
Orchestre Nationale du Danemark dirigé par 
Thomas Dausgaard. Mise en scène de 2003.


Photographie de Rued Langgaard en 1952.


Rued Langgaard meurt en 1952. Il a seulement 59 ans. Actuellement sa musique suscite un nouvel intérêt et la majorité de ses œuvres est enregistrée.